Si le Japon est aujourd’hui indissociable de la culture du thé, cette plante n’est pourtant pas une espèce indigène de l’archipel. L’introduction de cette boisson, de sa simple consommation à l’adoption de ses techniques de fabrication, fut tardive et étroitement liée aux échanges avec la Chine
Menu
Eichū et l’héritage chinois
Sous la dynastie chinoise des Tang (618-907), le thé ne ressemblait en rien à nos infusions actuelles : les feuilles étaient compressées en briques, puis émiettées et bouillies, souvent agrémentées d’épices. C’est dans cette Chine en pleine effervescence culturelle que le moine japonais Eichū (743-816) passa plus de trente ans à étudier.
À son retour au Japon en 805, Eichū ne rapporta pas seulement des textes sacrés ; il introduisit l’art de la décoction du thé et une nouvelle sensibilité musicale. À cette époque, le Japon de l’ère Nara (710-794) cherchait à s’émanciper tout en puisant son inspiration dans le raffinement de l’Empire du Milieu. Toutefois, malgré cette forte influence au sein des monastères, la consommation de cette boisson demeura longtemps l’apanage des cercles de pouvoir et des élites impériales.
La plante des moines et des samouraïs
À la fin de la dynastie chinoise Song, le moine Eisai (1141-1215) de retour de voyage en Chine, ramène plusieurs graines de théiers et “importe” l’usage du thé battu au Japon. Le thé sera utilisé par les moines comme une plante aux vertus thérapeutiques ainsi qu’un excitant capable de prolonger les longues méditations. Dès lors, la culture du thé s’implante durablement dans la région de Kyoto.
L’aristocratie s’appropriera également le thé. Les samouraïs se rencontrent alors pour exposer les objets les plus luxueux au cours d’assemblées. Ils rivaliseront autour du thé lors de concours, le but étant de découvrir la provenance du thé que l’on dégustait.
Le célèbre prêtre zen Sen-no Rikyu (1522-1591) codifia les rapports entre le thé, le bouddhisme et les différentes écoles de thé, donnant ainsi naissance à la forme la plus accomplie du Cha No Yu, la cérémonie du thé japonais.
Il faut attendre le XVIIe siècle pour voir apparaitre les premières productions et consommations de thé japonais en vrac par opposition au thé moulu (matcha) qui était jusque-là la norme.
Pour approfondir ce sujet :
- Notre article autour de Lu Yu, le rédacteur du Cha Jing durant la dynastie Tang
- Le moine Eichū est mentionnée dans le Nihon Kōki (Chroniques du Japon) comme ayant servi du thé en 815 à l’empereur Saga.

